Quelle est la différence entre “un formateur qui accompagne” et un coach ?

Notre organisme de formation prépare des formateurs au titre professionnel de formateur professionnel d’adultes. Dans ce cadre, en tant qu’intervenante, je constate que pour certains professionnels l’accompagnement induit nécessairement une visée d’insertion sur le marché du travail.

Ce point de vue pose au moins deux problèmes. D’une part, il ne saurait alors être question d’accompagnement pour les salariés et les chefs d’entreprises. D’autre part, le coaching professionnel ne serait pas admissible dans un parcours de formation. Voici un début de réponse et chaque point sera développé plus loin dans cet article :

  1. L’accompagnement revêt différentes formes, dont le coaching.
  2. Au delà du nom qu’on lui donne, l’accompagnement professionnel est défini avant tout par un fond commun.
  3. La définition de l’action de la formation de 2018 a libéré l’innovation pour que la formation puisse répondre aux besoins particuliers de chaque entreprise.
  4. Avec l’AFEST (Action de Formation en Situation de Travail) et la FOAD (Formation à distance), l’accompagnement en formation n’est plus une option.

🖐A noter : si vous êtes coach et souhaitez proposer des actions de formation, contactez-nous pour maîtriser les conditions nécessaires ; votre intervention doit notamment s’inscrire dans un parcours pédagogique.

1. L’accompagnement revêt différentes formes dont le coaching

L’une des définitions d’accompagner est « se joindre à quelqu’un pour se rendre où il va en même temps que lui ». Autrement dit, cheminer à côté, côte à côté, coude à coude, à proximité…dans la zone de développement proximale. La zone proximale de développement (ZPD) est un concept créé par le psychologue Lev Vygotsky; il exprime la différence entre ce que la personne pourra atteindre/apprendre si elle est seule, et ce qu’elle atteindre /apprendre si elle est accompagnée.

l'accompagnement revêt différentes formes dont le coaching, dans la zone de développement proximale
  • Pour Maëla PAUL (1), référence incontournable à ce sujet, toutes les pratiques que sont le tutorat, le mentorat, le parrainage, le coaching …sont différentes formes d’accompagnement qui partagent le même fond.
  • Par ailleurs, pour la SF Coach (2), le coaching professionnel est “l’accompagnement de personnes ou d’équipes pour le développement de leurs potentiels et de leurs savoir-faire dans le cadre d’objectifs professionnels.

L’accompagnement n’est donc pas étranger au monde marchand. D’ailleurs, « (…) tout dispositif d’accompagnement renvoie à une logique de marché dans laquelle les institutions s’inscrivent, en même temps qu’il leur est demandé de soumettre à évaluation leurs actions […] ».(1)

2. Un fond commun est partagé par tout accompagnant professionnel

Accompagner, c’est s’inscrire dans une dimension tripartite, dans le secteur de l’insertion comme dans le secteur privé.

l'accompagnement reflète une dimension tripartite entre le bénéficiaire, l'accompagnant et l'institution

L’accompagnement individuel inclut généralement non pas deux, mais trois acteurs : l’organisation ou institution souvent prescriptrice, la personne accompagnée et l’accompagnant. D’ailleurs Michel DUPAQUIER, présente deux pôles distincts dans le rôle des conseillers à l’emploi : l’accompagnement et le suivi.

  • Définition de l’accompagnement : « C’est une relation interpersonnelle. Il participe de la construction d’un projet et suppose l’adhésion volontaire du chômeur. Il relève de l’idée que le conseiller est un spécialiste de l’écoute et du conseil. »
  • Définition du suivi : « Le suivi est une formalisation de type managérial, suivant des étapes prédéfinies dans un parcours. Le rôle du conseiller consiste à vérifier si les étapes du parcours sont bien respectées.» (10)
l'accompagnement individuel inclut 3 acteurs : l'organisation, la personne accompagnée et l'accompagnant

Accompagner, c’est aider à opérer un changement

Dans tous les cas la personnes accompagnée se trouve dans une période transitoire (tout au moins théoriquement) et l’accompagnateur/trice a pour mission de l’aider dans cette transition. L’accompagnant est un facilitateur qui contribue ainsi au changement engagé par la personne.

L’accompagnement est une posture de non-ingérence

L’accompagnant ne se substitue pas à son bénéficiaire, lui laissant la responsabilité de ses choix. Cette substitution serait un acte d’ingérence, une négation de l’Autre. Pour cela, l’accompagnant doit faire le deuil de tout pouvoir et travailler à son inutilité. En analyse transactionnelle, on parle d’une posture adulte/adulte, plutôt qu’infantilisante.

C’est pourquoi l’accompagnant emploie avant tout des questions ouvertes permettant à l’accompagné de conserver son autonomie ou de retrouver son pouvoir d’agir. Cette technique (maïeutique) est celle utilisée par SOCRATE dans le but de faire accoucher les esprits. Depuis que le langage existe, nous savons que la parole nous aide à préciser notre pensée. Les questions amènent l’accompagné à faire le point sur ses ressentis, à identifier ses propres ressources, à établir un plan d’actions…

  • Quel est votre projet ?
  • Qu’est-ce qui important pour vous ?
  • A quoi verrez-vous que vous y êtes arrivé ?
  • De quoi avez-vous besoin ? Comment comptez-vous vous y prendre ?
  • En quoi puis-je vous être utile ?
  • « Alors ? » (Question très ouverte, suivie d’un silence)
  • Sur quoi avez-vous besoin d’avancer en priorité ?
  • Comment puis-je vous aider à avancer ?
  • Où en êtes-vous par rapport à vos enjeux et difficultés depuis la dernière fois ?
  • Quel peut-être le plan d’action ?
  • Qu’allez-vous faire de cette expérience la prochaine fois ?

Une posture inconditionnellement positive

Pour Pierre VERMERSCH (3), les apports de Carl ROGERS constituent un socle commun à tout entretien d’accompagnement. Ils sont construits sur (4) : « La compréhension empathique (…), la congruence ou authenticité. (…), la considération positive inconditionnelle (…) ».

L’assertivité, ou comportement assertif, est un concept de la première moitié du xxe siècle introduit désignant la capacité à s’exprimer et à défendre ses droits sans empiéter sur ceux d’autrui.

Le schéma “les positions de vie” explique l’assertivité. Ce concept issu de l’analyse transactionnelle, fournit un outil de diagnostic et d’intervention pour développer des relations gagnant-gagnant avec ses interlocuteurs. Éric Berne, le fondateur de l’analyse transactionnelle, en donne la définition suivante : “La position de vie dans laquelle nous sommes dépend de la croyance que nous avons en notre propre valeur et en la valeur des autres.

le schéma les positions de vie explique l'assertivité

Un accompagnement contribuant au sentiment d’efficacité personnelle (SEP)

Pour Albert BANDURA : « L’efficacité personnelle perçue concerne la croyance des gens dans leurs capacités à agir de façon à maîtriser les événements qui affectent leur existence ». (5). Si le SEP ne dépend pas que de l’accompagnant, il peut y contribuer par sa posture.

les différentes façons d'agir sur le sentiment d'efficacité personnelle par l'accompagnement et la formation

3. La formation doit répondre aux besoins particuliers de chaque entreprise

  • L’article L.6313-2 a défini l’action de formation comme « un processus pédagogique permettant l’atteinte d’un objectif professionnel. Elle fait l’objet de modalités d’apprentissage identifiées pouvant comprendre des séquences de positionnement pédagogique, de formation et d’accompagnement de la personne qui suit l’action, dont les acquis sont évalués. Elle peut être réalisée en tout ou partie à distance. Elle peut être réalisée en situation de travail. »
  • Depuis, il ne s’agit plus de vendre un programme, mais un parcours pédagogique : permettant d’atteindre un objectif, gage d’une meilleure opérationnalité, qui se définit dans la durée, comprenant un positionnement initial afin d’identifier les besoins de chaque apprenant, un ou plusieurs modules de formation , peut-être un accompagnement et une évaluation finale.
  • Pour l’AFPA (Agence nationale pour la Formation professionnelle des Adultes) : « Ce qui est en jeu, ici : libérer l’innovation pédagogique, longtemps bridée par le risque de non-financement des actions innovantes, pouvoir répondre à la façon dont chacun apprend et aux besoins particuliers de chaque entreprise » (11).
  • Didier Noyé souligne cette tendance forte de la formation : une meilleure prise en compte des problématiques du terrain. « (…) mieux prendre en compte le contexte professionnel (…) vigilance sur le transfert des acquisitions vers les situations de travail (…) » (12).
  • Pour Yann Serreau, responsable recherche et innovation groupe CESI, l’accompagnement se trouve potentiellement tout au long du dispositif pédagogique. (7)

4. Avec l’AFEST (Action de Formation En Situation de Travail) et la FOAD , (Formation A Distance) l’accompagnement en formation n’est plus une option

  • Pour lutter contre l’abandon fréquent et dépasser les problèmes techniques liés au e-learning /formation à distance ; l’ article. D. 6313-3-1 prévoit « Une assistance technique et pédagogique appropriée pour accompagner le bénéficiaire dans le déroulement de son parcours ».
  • Dans l’AFEST (Action de formation en situation de travail) ; l’article D.6313-3-2 précise qu’elle nécessite notamment la désignation préalable d’un formateur interne pouvant exercer une fonction tutorale.

En conclusion

Dès 2009, Pascal ROQUET concluait ainsi sa réflexion au sujet de l’émergence de l’accompagnement en formation : “(…) la fonction d’accompagnement revient à soutenir les apprenants, à construire des apprentissages personnalisés, à s’approprier des savoirs aux formes plurielles (…) une activité qui permet aussi de «faire autrement de la formation», de concevoir la formation comme une médiation entre des connaissances, des apprentissages, des savoirs, et le développement de l’autonomisation, qui relève d’un objectif éducatif.” (8)

« Le temps passé à l’explicitation du point de vue de chacun est nécessaire afin d’envisager une communication qui fonctionne. » (9)

Et vous qu’en pensez-vous, en 2022, accompagnement en formation et coaching, est-ce la même chose ?


Depuis plus de 15 ans j’interviens dans les services, l’industrie, le secteur public et l’économie sociale et solidaire. Mes compétences sont centrées autour de la formation de formateur (qui comprend l’accompagnement et le coaching😊), la formation de tuteur, la mise en œuvre de l’AFEST, et le développement du leadership par la communication interpersonnelle. Contactez-moi pour en savoir plus !

Bibliographie, Accompagnement et coaching, est-ce la même chose :

  1. PAUL, M. (2020). La démarche d’accompagnement: Repères méthodologiques et ressources théoriques. Louvain-la-Neuve : De Boeck Supérieur.
  2. SFCoach. Société française de coaching. www.sfcoach.org/faq
  3. VERMERSCH, P. (2019). Entretien d’explicitation. Toulouse : Érès.
  4. ACP-France. Approche Centrée sur la Personne selon Carl Rogers. www.acpfrance.fr
  5. BANDURA, A (2019). Auto-efficacité: Comment le sentiment d’efficacité personnelle influence notre qualité de vie. Broché
  6. VIAL, M. & CAPARROS-MENCACCI,N ( 2007) L’accompagnement professionnel : Méthode à l’usage des praticiens exerçant une fonction éducative. Editions De Boeck Supérieur.
  7. SERREAU, Y. (2013). Accompagner la personne en formation : de l’orientation à l’insertion professionnelle. Paris : Dunod.
  8. ROQUET, P. (2009). L. ’émergence de l’accompagnement : une nouvelle dimension de la formation,https://journals.openedition.org/rechercheformation/398#
  9. ORTAL, B. (2012). Des mots et des sens: Posture, positionnement, évaluation…. Le Sociographe
  10. DUPAQUIER, M .Une typologie des pratiques d’accompagnement des demandeurs d’emploi. Situation française ; choix de trois exemples. Site:crimt.org
  11. www.afpa.fr/actualites/nouvelle-definition-de-l-action-de-formation
  12. NOYE, D. ; PIVETEAU, J. (2018). Le Guide pratique du formateur. Eyrolles.