accompagnement-et-coaching

Accompagnement et coaching professionnel, est-ce la même chose pour vous ? En tant que formatrice et coach, je déplore le dogmatisme de certains professionnels sur cette question.

Et lorsque l’on accompagne un apprenant dans le cadre d’une formation, s’agit-il uniquement d’aider un stagiaire, demandeur d’emploi ou en formation en alternance, à réussir son insertion ou sa reconversion ?

Et non pas, contrairement au coaching professionnel, d’aider une personne déjà en activité professionnelle ?

Qu’est-ce qu’accompagner veut dire ?

L’une des définitions d’accompagner est « se joindre à quelqu’un pour se rendre où il va en même temps que lui ».

Pour la SCF Coach, le coaching professionnel est “l’accompagnement de personnes ou d’équipes pour le développement de leurs potentiels et de leurs savoir-faire dans le cadre d’objectifs professionnel.

Aussi, pour Maëla PAUL (2), même si l’accompagnement diffère en fonction de la personne accompagnée, de sa situation, de ses aspirations, de ses besoins, et du contexte dans lequel se déroule l’accompagnement. ….toutes les pratiques que sont le tutorat, le mentorat, le parrainage, le coaching sont des formes d’accompagnement.

 « Elles ne peuvent être comprises qu’en tant que pratiques contextualisées, structurées autour d’objets, d’objectifs, de contenus et de publics déterminés. Chaque champ professionnel a sa propre culture et, si le coaching est à contre – culture dans le travail social, il trouve place dans le milieu de l’entreprise, de la même façon que le milieu éducatif a une longue histoire avec le tutorat ou le champ de l’insertion avec le parrainage. ».

En aucun cas l’accompagnement n’est pas étranger au monde marchand sous le prétexte qu’il poursuit d’autres objectifs que la seule aide à la personne. En effet, soyons pragmatique : « (…) tout dispositif d’accompagnement renvoie à une logique de marché dans laquelle les institutions s’inscrivent, en même temps qu’il leur est demandé de soumettre à évaluation leurs actions […] ».

En fait, l’on peut dire que tout accompagnant professionnel partage une posture spécifique lors d’un entretien d’accompagnement.

Quelle est la posture de l’accompagnant ?

Accompagner, c’est s’inscrire dans une dimension tripartite   

La-dimension-tripartite-de-l'accompagnement

Ceci car l’accompagnement inclut généralement non pas deux, mais trois acteurs : l’organisation ou institution souvent prescriptrice, la personne accompagnée et l’accompagnant.

C’est pourquoi l’accompagnant doit faire preuve de flexibilité pour tenter de remplir son contrat et ses objectifs au regard de l’institution /organisation …tout en prenant en compte les aspirations, de la situation et du profil de l’accompagné pour l’aider à cheminer dans le sens du meilleur résultat possible pour lui.

Accompagner c’est adopter une posture de non-ingérence dans le coaching comme dans tout accompagnement

L’accompagnant contribue à clarifier la réflexion de la personne, à prendre le recul nécessaire, à développer de nouvelles pratiques. C’est un facilitateur qui conduit à s’interroger, à développer ses atouts, à dépasser ses freins. L’accompagnant contribue ainsi au changement engagé par la personne.

Toutefois, il ne se substitue pas à son bénéficiaire, lui laissant la responsabilité de ses choix. Cette substitution serait un acte d’ingérence, une négation de l’Autre. Pour cela l’accompagnant doit faire le deuil de tout pouvoir et travailler à sa propre inutilité.

Pour le dire autrement, il s’agit d’instaurer un rapport adulte/adulte respectueux, plutôt qu’infantilisant.

S’il y a des directives à suivre, ce sont celles édictées par l’institution ou l’organisation. L’accompagnant agit dans ce cadre et le rappelle si besoin à la personne accompagnée. Mais il ne lui appartient pas de créer ces directives.

Coaching ou accompagnement, une posture maïeutique

Dans cet esprit, il s’agit pour cela de questionner plutôt que d’affirmer

Pour SOCRATE, le but du pédagogue est de faire accoucher les esprits, faire « sortir les vérités » que chacun porte en soi.

C’est pourquoi l’accompagnant emploie avant tout des questions ouvertes : Quel est votre projet ? Qu’est-ce qui important pour vous ?  A quoi verrez-vous que vous y êtes arrivés ? De quoi avez-vous besoins ? Comment comptez-vous vous y prendre ?

Puis des questions semi-ouvertes ou fermées :  Quand vous dites « .. » que voulez-vous dire exactement ? Quand pensez-vous le faire ? Êtes-vous d’accord sur ce point ?  Ce délai est-il ok pour vous ?

Cette posture favorise la motivation intrinsèque ; une personne est intrinsèquement motivée, lorsqu’elle adopte un comportement ou réalise une activité en raison de l’intérêt ou de la satisfaction personnelle qu’elle en retire.

On peut penser que plus de directivité permet de gagner du temps

Mais celle-ci s’avère le plus souvent contreproductive ; les conseils sont donc à limiter sauf s’ils sont basés sur des faits incontestables.

Exemple : « Je vous conseille de venir avant 16h car nous fermons à 17h. ».

A contrario, « Je vous conseille de vous intéresser à tel métier car c’est ainsi que vous aurez le plus de chance de trouver un travail » relève de l’opinion.  Car si la personne déteste cette activité, n’a aucune aptitude pour le réaliser ou encore si ses contraintes sont incompatibles au regard ce qui est demandé…ce travail ne sera probablement pas pour elle.

Tout au plus peut-on formuler une suggestion : « Nous savons que tel métier est en fort développement. Je vous suggère de jeter un œil sur cette fiche pour savoir s’il est susceptible de vous convenir. »

Au conseil on substituera donc le plus souvent d’abord le questionnement, puis la suggestion quand l’accompagné manque de ressources pour avancer.

Une posture d’écoute Rogérienne

Il ne suffit pas de poser des questions, il nous faut écouter vraiment les réponses.  En effet, pour Pierre VERMERSCH (3), il semble que, quelles que soient les différences apportées plus tard par d’autres techniques, le courant rogérien constitue un socle commun à tout entretien.  Il est fondé sur :

  • « La compréhension empathique Il s’agit de la capacité à entrer dans le monde de l’autre comme s’il s’agissait du sien propre afin de le comprendre.
  • La congruence ou authenticité. C’est la cohérence entre l’expérience, la conscience de soi et ce qui est exprimé.
  • La considération positive inconditionnelle C’est le fait de porter sur autrui un regard positif et respectueux, sans jugement, fondé sur la confiance dans son autoréalisation. » (4)

Mais ne confondons pas « la considération positive inconditionnelle » avec l’évitement de toute confrontation d’opinion.

Une posture assertive ; « ni hérisson, ni paillasson »

Ainsi, Michel VIAL nous précise : « (…) quand l’accompagné se referme sur la seule défense de son unité, il ne faut pas hésiter à être incisif, à souligner ses contradictions ; si par contre une telle offensive renforce encore son repli défensif, il faut user davantage de diplomatie ; quand il porte lui-même un regard analytique sur sa propre vie, il faut se ranger à ses côtés et l’aider discrètement à poursuivre, etc. »  (6)

Enfin, pour adapter au mieux son attitude, on pourra alors se référer au psychologue américain Elias PORTER qui a mis en évidence les « six attitudes d’écoute » .

Coaching/accompagnement doivent contribuer au sentiment d’efficacité personnelle (SEP)

Pour Albert BANDURA : « L’efficacité personnelle perçue concerne la croyance des gens dans leurs capacités à agir de façon à maîtriser les événements qui affectent leur existence ».  (5)

Et l’accompagnant peut y contribuer. (voir le schéma).

sep-sentiment-d-efficacite-personnelle-bandura

Nous venons donc de voir l’accompagnement diffère en fonction de la personne accompagnée, de sa situation, de ses aspirations, de ses besoins, et du contexte dans lequel se déroule l’accompagnement. Toutefois, toutes les pratiques que sont le tutorat, le mentorat, le parrainage, le coaching… sont des formes d’accompagnement car tous partagent une même posture.

Il nous reste à clarifier ce qu’est l’accompagnement en formation pour savoir si celui-ci se centre autour de l’insertion et de la reconversion professionnelle, ou s’il s’applique aussi au maintient de l’employabilité et à la performance au poste de travail.

Qu’est-ce que l’accompagnement en formation ?

L’accompagnement a émergé en formation au début des années quatre-vingt-dix avec des stagiaires demandeurs d’emplois, peu qualifiés, en situation d’échec social et professionnel.

De ce fait, l’accompagnement en formation s’entend-il uniquement par le prisme de l’insertion sociale et professionnelle et de la reconversion ? Si c’était le cas, il n’y aurait donc pas d’accompagnement en formation pour les professionnels déjà en activité ?  A l’évidence, non.

L’accompagnement est une modalité de formation parmis d’autres

Depuis la réforme de la formation de 2018 (loi n° 2018-771), la définition de l’action de formation a changé, il s’agit d’ « un processus pédagogique permettant l’atteinte d’un objectif professionnel. Elle fait l’objet de modalités d’apprentissage identifiées pouvant comprendre des séquences de positionnement pédagogique, de formation et d’accompagnement de la personne qui suit l’action, dont les acquis sont évalués. Elle peut être réalisée en tout ou partie à distance et en situation de travail. “

L’accompagnement peut se trouver tout au long du dispositif pédagogique

Pour Yann SERREAU ( 7), l’accompagnement se trouve potentiellement tout au long du dispositif pédagogique comme le montre son schéma ci-dessous.

Source SERREAU, Y. (2013). Accompagner la personne en formation : de l’orientation à l’insertion professionnelle. Paris : Dunod.

Pour certains parcours de formation, l’accompagnement en formation n’est plus une option

L’accompagnement en formation est obligatoire dans les conditions suivantes :

  • Pour lutter contre l’abandon fréquent et dépasser les problèmes techniques liés au e-learning /formation à distance ; l’ article. D. 6313-3-1 prévoit « Une assistance technique et pédagogique appropriée pour accompagner le bénéficiaire dans le déroulement de son parcours ».     
  • Dans l’AFEST (Action de formation en situation de travail) ; l’article D.6313-3-2 précise qu’elle nécessite notamment la désignation préalable d’un formateur interne (plus rarement externe) pouvant exercer une fonction tutorale.

Pour Pascal ROQUET « En définitive, la fonction d’accompagnement revient à soutenir les apprenants, à construire des apprentissages personnalisés, à s’approprier des savoirs aux formes plurielles (…) une activité qui permet aussi de « faire autrement de la formation », de concevoir la formation comme une médiation entre des connaissances, des apprentissages, des savoirs, et le développement de l’autonomisation, qui relève d’un objectif éducatif. » (8)

En conclusion

  • tout accompagnement partage une même forme résidant notamment dans la posture de l’accompagnant ;
  • toutefois cette posture n’appartient pas qu’au champ social, même lorsqu’il s’agit de formation;
  • bien au contraire, la définition de l’action de formation de 2018 a conféré une place grandissante à l’accompagnement compte tenu de l’avènement de la FOAD (formation à distance) et de l’AFEST (action de formation en situation de travail).

« Le temps passé à l’explicitation du point de vue de chacun est nécessaire afin d’envisager une communication qui fonctionne. » (9).

Et vous, qu’en pensez-vous ; accompagnement et coaching, est-ce la même chose ?

Bibliographie, Accompagnement et coaching, est-ce la même chose :

1. ” Depuis plus de dix ans, Maëla PAUL creuse l’idée d’accompagnement. Elle est devenue une référence incontournable en la matière dans le monde francophone. » (Michel FABRE)

2. PAUL, M. (2020). La démarche d’accompagnement: Repères méthodologiques et ressources théoriques. Louvain-la-Neuve : De Boeck Supérieur.

3. VERMERSCH, P. (2019). Entretien d’explicitation. Toulouse : Érès.

4 https://www.acpfrance.fr/quest-ce-que-lapproche-centree-sur-la-personne-acp/

5. BANDURA, A (2019). Auto-efficacité: Comment le sentiment d’efficacité personnelle influence notre qualité de vie. Broché

6. VIAL, M. & CAPARROS-MENCACCI,,N ( 2007) L’accompagnement professionnel : Méthode à l’usage des praticiens exerçant une fonction éducative. Editions De Boeck Supérieur.

7. SERREAU, Y. (2013). Accompagner la personne en formation : de l’orientation à l’insertion professionnelle. Paris : Dunod. /responsable recherche et innovation groupe CESI.

8. ROQUET, P. (2009). L. ’émergence de l’accompagnement : une nouvelle dimension de la formation,https://journals.openedition.org/rechercheformation/398#

9. PORTAL, B. (2012). Des mots et des sens: Posture, positionnement, évaluation…. Le Sociographe https://doi.org/10.3917/graph.037.0019

*Depuis plus de 15 ans j’interviens via mon organisme de formation certifié Qualiopi dans le secteur privé, le secteur public et l’économie sociale et solidaire. Mes compétences sont aujourd’hui centrées autour du développement de la formation de formateur (qui comprend l’accompagnement), la formation de tuteur, la mise en œuvre de l’AFEST, et le leadership managérial.https://www.linkedin.com/in/anne-sebban-formatrice/

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